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Assises régionales de la recherche

Interview de Martin Malvy,
Président du Conseil Régional Midi-Pyrénées

La Région a engagé la préparation des Assises de la recherche, de l?innovation et du transfert de technologies. Pourquoi cette démarche ?

M. Malvy : Nous sommes dans la continuité de la politique régionale que nous avons initiée dès 1998. Un an après les élections régionales, nous organisions les premières assises. C'était en 1999. Elles nous ont servi à réorienter la politique de la Région pour plus d'efficacité. Aujourd'hui, nous voulons établir une évaluation, un comparatif et des propositions qui devront nous permettre ensemble de confirmer ou de réorienter les axes politiques que nous avions définis. Plusieurs objectifs ont été identifiés. Je le dis avec conviction. Ils me paraissent essentiels et dictés avec force par l'environnement dans lequel nous évoluons.
Le temps n'est plus de se regarder soimême, je veux dire "nationalement", mais de regarder ce que font les autres au moins dans l'espace européen.
Il faut tout d'abord permettre à Midi- Pyrénées d'être identifiée en tant que pôle scientifique et de recherche majeur dans le cadre des politiques de site.
En second, ajuster les orientations et les modalités de la politique régionale de soutien à la recherche, à l?innovation, au transfert de technologies, et à la culture scientifique et technique. L'ambition est de favoriser la synergie entre ce formidable vivier et le réseau régional des PME.
Vous le savez, la recherche est, depuis 1998, une priorité importante pour notre assemblée.

Au titre du CPER, Contrat de Plan Etat Région, nous aurons mobilisé fin 2006, 81,52 millions d'euros dont 31,71 millions d'euros au titre de la Région. Nous avons régulièrement augmenté le budget annuel du Conseil Régional consacré aux programmes scientifiques, de 9 à 14 millions d'euros entre 2000 et 2005. J'ai la ferme volonté de continuer à le faire progresser. J'en ai pris l'engagement. Je souhaite que cela soit possible à hauteur de 10 % par an jusqu'en 2010, pour atteindre plus de 20 millions d'euros.
Pour figurer parmi les meilleurs, constituer des pôles d?excellence à la mesure d?une compétition de plus en plus sévère, nous avons choisi de favoriser les partenariats les plus efficaces. C'était l'un des objectifs de notre Appel à Projets «recherche et transfert de technologie» créé en 1999.
Nous avons aussi voulu renforcer l?attractivité des laboratoires de Midi-Pyrénées et leur permettre de mener à bien des projets novateurs, avec un plan et un prix régional de soutien des biotechnologies, avec le fonds d'amorçage et de nouveaux équipements structurants. Avec enfin, la création de chaires internationales. A l'exception de l'Ile de France, nous sommes la seule Région à avoir mis en place ce dispositif.
Midi-Pyrénées forte de 400 laboratoires et 9 000 chercheurs, est une des toutes premières régions françaises pour la recherche tant dans le domaine privé que public.
Nous avons le devoir d'asseoir le rayonnement de nos équipes et la renommée des travaux qui y sont conduits, à l'échelle européenne et internationale.

L'un des enjeux majeurs de la dynamique de pôle c'est justement la visibilité internationale sur de grands secteurs comme l'aéronautique, l'espace ? La récente labellisation de Midi-Pyrénées devrait y contribuer.

M. Malvy : L'objectif à atteindre, c'est bien la reconnaissance internationale. Il faut être clair. La démarche réussira si le Gouvernement lui en donne les vrais moyens, notamment dans le domaine de la recherche et des investissements où ils manquent cruellement par rapport à nos concurrents des autres parties du monde. Il est inutile d'insister. Le constat est fait de ce qu'il faut hélas appeler, un décrochage.
Cela dit, compte-tenu de son excellence, nous ne doutions pas de l'inscription en haut du tableau du pôle ?aéronautique espace et systèmes embarqués?. Deux Régions qui constituent ensemble le premier territoire européen dans ces trois domaines, une même gouvernance et quelle mobilisation! Il y a là j'en suis convaincu matière à cette identification mondiale à laquelle nous aspirons pour préparer l'avenir et affronter la compétition. Le pôle dans la même catégorie. Tout dépendra donc du soutien qui sera apporté par les Pouvoirs publics à ce niveau des pôles dit national et régional et de l'engagement des grands groupes. Je suppose que les coopérations interrégionales qui n'ont pas été liées avant le seront après. Rien n'est jamais figé. Il ne faut pas oublier non plus que Midi-Pyrénées est également partenaire du pôle «Viaméca», pour la mécanique, "Elopsys" pour la microonde et la photonique et du pôle céramique avec comme chefs de file le Limousin et l'Auvergne. Pour en revenir à "l'aéronautique, l'espace et les systèmes embarqués", nous étions déjà - c'est toute notre histoire - reconnus internationalement. Mais aujourd'hui, l'être ou l'avoir été ne suffit plus. Il faut maintenir notre avance. Si possible l'accroître. Il faut être les meilleurs et le monde de la concurrence n'a plus de frontière. C'est là qu'est l'enjeu.

Comment se déroule la préparation des assises, avec qui travaillez vous ?

M. Malvy : Dans le cadre d'une large concertation. La démarche est conduite en partenariat avec les représentants de l?Etat, ceux des universités, des grandes écoles, des organismes de recherche, ceux aussi des entreprises, des organisations professionnelles, ainsi qu?avec les organismes exerçant une activité de valorisation ou de diffusion de la recherche, du transfert de technologies ou d?interface recherche / entreprises, ou encore de diffusion de la culture scientifique et technique. Afin d'associer tous ces acteurs de la recherche, de l?innovation, du transfert de technologie et de la diffusion de la culture scientifique, nous avons fait le choix de mettre en place trois démarches complémentaires : un forum Internet, des groupes de travail et un comité scientifique constitué de quatre collèges ? chercheurs, industriels, enseignants du supérieur et personnalités qualifiées ? qui accompagnera chaque étape.
Il s'agit bien d'orienter ensemble la politique régionale en matière de soutien à la Recherche, à l'Innovation et au Transfert de Technologies.

L'un des projets très attendus, c'est la création d'une Agence Régionale de l'innovation ?

M. Malvy : L'objectif est de pouvoir présenter, au moment des assises, le modèle de la future agence régionale de l'innovation pour une mise en place au 1er janvier ou en tout cas au moment du vote du budget pour 2006. Je souhaite que le calendrier puisse être tenu.
Participer au développement économique du territoire en renforçant le potentiel d'innovation des entreprises régionales, mais aussi améliorer la cohérence et l'efficacité du système régional d'innovation : telles seront les grandes missions prioritaires de cette agence.
Cela passe par une simplification de l'offre de service aux entreprises (unicité de lieu et de management), une offre renforcée et diversifiée couvrant l'ensemble de la chaîne de l'innovation, et un meilleur pilotage des acteurs de l'innovation, étroitement coordonné entre la Région et l'Etat.
Pour mettre en oeuvre ces missions, certains regroupements seront nécessaires, mais aussi le renforcement des équipes afin de couvrir des compétences et des missions aujourd'hui manquantes ou insuffisamment développées dans le système régional d'innovation.
Bref, il s'agit de capitaliser les compétences existantes, de les fédérer et de les développer pour une meilleure visibilité et une plus grande efficacité du dispositif. C'est l'objectif sans a priori. Je le pense largement partagé.
Cette agence devra travailler en synergie avec les cellules de valorisation des universités, des grandes écoles, des grands organismes de recherche et des établissements publics à caractère industriel et commercial, avec les laboratoires, les acteurs de l'Etat, l'ANVAR, la DRIRE, la DRRT et, bien évidemment, les entreprises.

Où en est-on aujourd'hui ?

M. Malvy : Le débat s'est bien déroulé. Entre mai et juillet, cinq ateliers thématiques ont permis de faire avancer la réflexion afin d'élaborer des propositions d'évolution de la politique régionale. Les forums Internet ont été bien garnis. Nous avons senti qu'il y avait un réel mouvement derrière ce dispositif.
J'espère que nous serons en mesure, non seulement de définir un nouveau cadre d'intervention de la Région, dans ses priorités, après concertation, pour ce qui est de la recherche mais aussi de faire partager notre choix et notre décision dans l'application au développement économique.
Ces journées ont été l?occasion de réaffirmer le rôle de la Région dans ce domaine stratégique qu?est la recherche et de constater que ces grands objectifs rencontrent un large agrément chez les acteurs du secteur.
Ces principes fondateurs restent ceux définis en 1998 :

  • le soutien à la recherche présentant un intérêt économique pour le territoire régional ;
  • la fédération et le rapprochement de laboratoires ;
  • le soutien aux actions interdisciplinaires ;
  • le rapprochement entre acteurs de la recherche et acteurs socio-économiques.

Les ateliers ont proposé plusieurs pistes de réflexion concernant le réajustement des procédures. Les assises conclueront.

Quelles sont ces pistes ?

M. Malvy : D'abord, la nécessaire sélectivité. Elle a rencontré un bon écho puisque les participants ont proposé de structurer le futur appel à projets recherche et transfert de technologies selon 3 axes :

  • Aéronautique, espace, systèmes embarqués, sur le même périmètre que le pôle de compétitivité du même nom ;
  • Agro-bio-santé, avec un périmètre couvrant le pôle bio-santé cancer, mais élargi de façon à tenir compte des spécificités régionales notamment sur le domaine de l?agriculture et des agroressources.
  • Et enfin, une enveloppe blanche, afin de doter la région d?une plus grande réactivité, tout en respectant strictement les critères de sélection des projets vis à vis des objectifs de politique publique mais aussi de leur intérêt en matière d?innovation, d?excellence scientifique et de rayonnement européen ou international.

Autre sujet évoqué mais à ce stade il ne s'agit encore que d'une piste parmi d'autres : le rapprochement au niveau régional des procédures entre Enseignement Supérieur, Recherche et Industrie. Cette réflexion sur la mise en place d?une transversalité afin de permettre la mise en place de projets intégrés, de l?amont à l?aval, entre recherche publique, recherche privée et acteurs socio-économique est une piste de réflexion en cours.
Par ailleurs, les participants ont souligné la rigidité inhérente à la planification sur 6 ans entre Etat et Région qui ne permet notamment pas de réagir aux demandes d?équipement structurant (comme les plateformes) liées à l?évolution des connaissances. Il a été suggéré de positionner hors Contrat de Plan la future augmentation budgétaire de la Région pour la Recherche, pour des raisons d?efficacité et de réactivité. Nous verrons. Cela sera évidemment lié à l'effort de l'Etat qui, en la matière, doit rester et de loin, le premier partenaire.

Quand se clôturera ce travail ?

M. Malvy : Il s'achèvera en novembre, de façon à disposer des bases à partir desquelles seront définies les futures lignes de conduites et d'objectifs pour la recherche en Midi-Pyrénées.
Ce sera l'occasion de présenter, lors d'une journée de restitution, le 15 ce même mois, devant tous les acteurs de l'industrie, de la recherche et de la culture scientifique et technique, les conclusions validées par le comité scientifique. J'espère simplement que les transferts de charges qui nous sont actuellement imposées et qui vont peser très lourdement sur notre budget et à partir de 2006 ne viendront pas contrer une volonté régionale forte. Quand je lis dans tel ou tel rapport que le gouvernement à l'intention de limiter les budgets des collectivités locales, je ne peux m'empêcher de penser qu'il n'a pas réalisé ce que sont aujourd'hui les véritables objectifs des politiques régionales en France, que nous devons comparer à celles que conduisent nos concurrents en Europe notamment.