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Innover dans un monde d'incertitudes, de risques et d'opportunités

Dans le cadre du SITEF 2002, le club prospective d’Ecrin, en partenariat avec le Ministère en charge de la recherche, a organisé une journée de réflexions et d'échanges sur les problématiques du risque technologique et de l'acceptabilité sociale.

A mesure que les technologies – et leurs effets indirects non voulus – sont plus puissantes, les problématiques du risque technologique et de l’acceptabilité sociale deviennent centrales dans les dynamiques de la recherche et de l’innovation. Quelles sont les principales tendances et incertitudes de l'innovation technologique au XXIème siècle ? Quelles stratégies les acteurs publics et privés peuvent-ils mettre en place face aux risques et face à l’image publique pour le moins ambivalente de la technologie et de l’innovation ? Telles ont été les questions débattues lors de ces entretiens, animés par Rémi Barré, Président du club prospective d’Ecrin.

Tendances et incertitudes de l'innovation technologique : quelques repères

Perspectives géopolitiques et géo-économiques mondiales à l'horizon 2030.
Dans sa conférence introductive, Jacques Lesourne (Futuribles International), dresse un panorama des principales incertitudes à 30 ans : incertitudes globales, comme la baisse du taux de fécondité et le vieillissevieillissement de la population ou la raréfaction des ressources en eau et en combustibles fossiles ou encore, difficultés d’assimilation des technologies de l’information et du vivant ; incertitudes au niveau des échanges et des systèmes, dues à la multiplication des acteurs et des lieux où ils se rencontrent, conséquence également d’un décalage entre les marchés et les réseaux, qui vont vite, et les gouvernements, qui avancent lentement ; incertitudes enfin au niveau régional, avec la montée de nouvelles puissances - Asie, Chine -, préfigurant un bouleversement de l’équilibre géopolitique et géoéconomique mondial.

Dimensions technologiques, industrielles et sociétales de l'innovation.
Marc Giget (CNAM*) décompose le processus d’innovation en différentes phases de l’objet technologique initial à l’objet social et artistique, il dégage un certain nombre d’invariants – tel l’irréversibilité de l’innovation-, avant de caractériser les similitudes et les différences de la "netépoque" avec les précédentes révolutions industrielles. Si la netépoque présente la spécificité d’être une révolution partielle et fractionnée, elle correspond bien à un schéma typique d’émergence et la “ nouvelle économie ” n’est en cela qu’un avatar de la (très classique) modernité et de son corollaire, la bataille entre anciens et modernes, caractéristique de toutes les phases d’innovation.

Technologies émergentes et nouveaux défis pour l'innovation.
Antoine Cahen (IPTS*) note une montée des incertitudes au niveau européen : sécurité alimentaire, santé, criminalité, pollution,… Il évoque la nécessité aujourd’hui d’intégrer ces incertitudes en développant l’alerte, la veille sociétale et non seulement technologique, la détection des "signaux faibles", en créant des phases de délibération (conférences de consensus) et en appliquant le principe de précaution au stade de la décision. Toutes choses qui, selon lui, caractérisent le nouveau rôle de la prospective.

La problématique de l'acceptabilité des risques technologiques : vers de nouveaux processus participatifs.
Pierre-Benoît Joly (INRA*), tente de tirer les leçons de l'utilisation des OGM en agriculture. Plusieurs études menées par l'INRA auprès de différents acteurs montrent que, plus qu'une crainte vis-à-vis d'un risque précis (de nombreux citoyens sont prêts à consommer ces produits), les résistances s'expliquent par la conjonction de deux facteurs :

  • un intérêt de l'utilisation des OGM dans l'alimentation mal perçu : les personnes interrogées considèrent que les besoins quantitatifs et qualitatifs sont satisfaits ;
  • un sentiment de fatalisme : ces développements sont perçus comme inéluctables, indépendants du contrôle des populations et des choix publics, d'où une inquiétude quant à l'évolution à terme de l'utilisation des OGM. Or, lorsque les gens s'estiment privés de tout pouvoir d'influence sur les choix technologiques, le crédit qu'ils accordent aux experts est faible.

Ainsi, le cas emblématique des OGM conduit à s'interroger sur les logiques d'innovation dans des sociétés dites réflexives caractérisées par un haut niveau d'éducation, un rôle important des media,... et une capacité d'interrogation critique sur les logiques de développement et de progrès. Dans ce cadre, l'enjeu est de mettre en oeuvre des processus d'innovation plus ouverts, quipermettent d'intégrer, en amont de la construction des objets techniques, une diversité de préoccupations et de besoins.

Sciences, innovation et société : quelle acceptabilité pour le management des risques ?
Chritian Ngo (CEA*) conclut par un regard positif sur l’innovation, source de progrès pour l’humanité. Il met l’accent sur le fait qu’il ne faut pas confondre risque, danger, vulnérabilité et probabilité et, qu’en matière de recherche stratégique, il est important de préserver notre capacité d’innover à un rythme au moins égal à ceux des autres pays.

Quelles stratégies pour les acteurs de la recherche et de l’innovation face aux risques ?

Grégoire Postel Vinay (Minefi*), rappelle en préambule que le renouvellement du tissu industriel est lié à un processus de destruction créatrice, et distingue, parmi la multiplicité des risques – technologiques, de marché, de ressources humaines (brain drain), d'accès au capital, - encourus par les entreprises, un risque qui prend une acuité particulière : celui de l'image de l'entreprise. C'est un véritable talon d'Achille pour les grands groupes, car elle est concentrée le plus souvent sur une seule marque et un seul dirigeant, alors que les sources de difficultés croissent à proportion de la taille, toujours plus grande, de ces entreprises. Il souligne par ailleurs la différence énorme d'acceptabilité, dans l'esprit du public, entre les risques subis (vache folle, AZF), et ceux librement encourus (tabac, alcool, divers sports notamment mécaniques), et l'instabilité temporelle et spatiale de leur perception, d'où une certaine irrationalité, que doivent prendre en compte les décisions publiques et celles des entreprises. Il souligne l'intérêt de comparaisons de meilleures pratiques pour trouver un équilibre dynamique réduisant les risques sans en créer d'autres, sociaux ou économiques, d'ampleur au moins aussi grande.

L’importance de la communication et de l’image dans la gestion sociale de l’innovation est également jugée primordiale par Daniel Villessot, venu apporter le témoignage de la Lyonnaise de Eaux. Toutes les fonctions du groupe sont concernées par l’innovation, qui fait l’objet d’une politique d’incitation, tant interne qu’externe, que va de plus en plus venir renforcer une promotion par l’image.

M. Matheu (CGP*), traitant de la capacité des pouvoirs publics à réduire les risques réglementaires, juridiques et à aider les investisseurs, montre qu’il faut progresser dans deux directions : mettre en place, préalablement à toute décision, des procédures de débats avec l’opinion et des dispositifs rigoureux pour assurer la vigilance.

Les débats furent riches et animés, en particulier sur les thèmes de la réversibilité des risques, la question de la confiance dans le rôle de la puissance publique, et le principe de précaution, auquel Pierre-Benoît Joly préfère le "principe de parcimonie dans l’utilisation de la technologie et de diversification", Michel Matheu, quant à lui, substituant au traditionnel "dans le doute, abstiens-toi" un plus dynamique "dans le doute, ne t’interdis pas d’agir".

Au-delà du risque, … le tabou ?

De ces entretiens, il ressort que le principal écueil rencontré par les acteurs publics et privés en matière d’innovation n'est pas la perception du risque en tant que tel mais, plus globalement, "le déficit d'objectifs socialement partagés et les questions relatrelatives à la maîtrise sociale du changement" : pourquoi utilise-t-on ces nouvelles techniques ? Quelles en sont les conséquences économiques, sociales ? Quelles en sont les implications éthiques ?

Il restera néanmoins toujours, semble-t-il, un phénomène irréductible : l'opposition, que l'on peut qualifier d'éthique, ou de religieuse, d'une fraction de l'opinion, hostile à toute forme d'innovation touchant au cœur de l'homme et du vivant, convaincue que la vie, en tant que valeur transcendante, est, au-delà d'une certaine limite, hors du domaine de l'intervention humaine.

* CNAM : Caisse Nationale d'Assurance Maladie
IPTS : Institut de Prospective Technologique de Séville
INRA : Institut National de la Recherche Agronomique
CEA : Commissariat à l’Energie Atomique
Minefi : Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie
CGP : Commissariat Général au Plan

CONTACTS
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