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Témoignage du lauréat du Prix Michel Benech du Concours de l'Innovation 1997 :
Daniel Samain

En quoi consiste l’innovation primée au 17ème Concours Innovation 1997 “BioGuard” ?

Il s’agit d’un nouveau procédé permettant de rendre hydrophobe des matériaux à base de cellulose comme le carton ou le papier. Le procédé consiste à greffer chimiquement des composés naturels, des acides gras à longues chaînes, que l’on trouve de façon abondante par exemple dans des huiles végétales courantes, à la surface des fibres de cellulose composant le papier. Les matériaux traités deviennent étanches et résistant à l’eau et ils peuvent être utilisés par exemple en substitution de matériaux en polymères synthétiques.
Il existe déjà plusieurs procédés utilisés industriellement pour rendre étanche les papiers et cartons mais celui que nous décrivons présente des caractéristiques remarquables qui le distinguent radicalement des procédés déjà connus.
L’aspect le plus important est que les produits traités conservent l’intégralité de leurs remarquables propriétés initiales de biodégradabililité et de recyclabilité. C’est là une différence fondamentale par rapport aux matières plastiques ou aux matières plastifiées dont la dégradation peut prendre des dizaines de milliers d’années et dont le recyclage est toujours problématique.
Un autre élément important est que le procédé est simple, très rapide, peu coûteux et non polluant. Il devrait donc pouvoir être utilisé en ligne sur des unités de fabrication de papier ou de carton et permettre la production de quantités importantes avec un coût de revient compétitif.

A quoi sert-elle ?

Il existe des quantités d’applications pour les produits traités de cette manière dans des domaines très variés : l’emballage, le conditionnement, la construction, le textile, l’ameublement, les pansements, l’hygiène etc… Il me semble toutefois que leur intérêt le plus visible dans la vie de tous les jours pourrait se situer dans le traitement et dans le recyclage des déchets. Nous jetons, en effet, chaque jour des quantités énormes de déchets qui sont très difficiles à retraiter du fait de leur nature et de l’absence de système systématique de ramassage sélectif. Notre innovation peut, dans ce domaine, avoir un impact considérable et de deux façons différentes :

  • en permettant la conception, la fabrication et l’utilisation de matériaux (notamment d’emballage et de conditionnement) biodégradables et recyclables de façon économiquement viable.
  • en fournissant la possibilité de mieux trier et traiter les déchets grâce à des unités de conditionnement (sacs poubelles) dotées des propriétés de biodégradation et de recyclage analogues à celles des déchets eux mêmes. Il est, en effet, quelque peu irrationnel d’utiliser des sacs poubelles en matière plastique non biodégradables pour jeter des déchets organiques qui peuvent, eux, se dégrader en quelques semaines.

L’utilisation généralisée d’emballages en papiers et cartons traités par notre procédé et l’utilisation de sacs poubelles en papier traité pour le ramassage sélectif des déchets ménagers pourrait donc améliorer singulièrement notre cadre de vie en évitant l’engorgement des décharges publiques ou la multiplication excessive des centres d’incinération.

Quel a été le contexte du développement de l’innovation ?

Travaillant dans un laboratoire de l’Université Paul Sabatier Toulouse III, j’ai eu naturellement beaucoup de facilités pour mener à bien cette innovation. J’ai eu aussi, et c’est important de le souligner, la liberté de la développer avec le plein accord de mon Directeur alors que cette activité ne rentrait pas dans les axes de recherche du laboratoire. J’ai également bénéficié de la bienveillante attention de Raymond Bastide, alors Doyen de la Faculté de Pharmacie et depuis peu Président de l’Université Paul Sabatier.

Combien de temps a-t-il fallu pour mettre au point cette nouvelle technologie ?

Il est difficile de répondre à cette question notamment parce qu’il est difficile d’en situer le point de départ. Les premiers travaux qui ont été effectués sur le traitement des matériaux cellulosiques par des acides gras remontent, en effet, à 1929 ! J’ai personnellement commencé à m’y intéresser il y a environ dix ans mais, en effet, je n’y ai travaillé que de façon très épisodique. La solution m’est apparue de manière complètement fortuite à un moment où je ne m’y attendais pas. Quelques mois furent alors seulement nécessaires pour développer l’innovation proprement dite.

Quelles sont les raisons qui sont à la base d’une réussite comme celle là ?

Pour “inventer”, il faut toujours, bien sûr, le bon mélange d’obstination et d’imagination, deux traits de caractère qui peuvent être contradictoires. J’ai aussi été puissamment aidé par le contexte favorable dans lequel je me trouvais. J’étais également sensibilisé de longue date par ce type de problème et j’avais déjà eu l’occasion de le tourner et de le retourner dans tous les sens. L’étincelle n’est toutefois pas venue de la réflexion mais a été liée au fait que j’ai réalisé personnellement la totalité du travail expérimental. Cette implication directe m’a permis de déceler la petite anomalie, au départ insignifiante, qui m’a mise sur la voie de la solution d’un problème simple dont on cherchait la solution depuis près de 70 ans. Je pense que c’est ce qu’on appelle la chance et mon humble mérite a été simplement de savoir la saisir au vol.