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Témoignage du lauréat du Prix Michel Benech du Concours de l'Innovation 2000 :
Jean Plouët, Directeur de Recherche, Responsable de l’équipe “Plasticité de la cellule endothéliale” Institut de Pharmacologie et Biologie structurale, CNRS

CONSTRUCTION DE VECTEURS DETRUISANT LES VAISSEAUX TUMORAUX

En quoi consiste l’innovation primée ?

Il s’agit de développer de nouveaux agents thérapeutiques anti-cancéreux visant les vaisseaux irriguant les tumeurs.
Le principe est fondé sur le postulat suivant. Les cellules endothéliales, qui constituent la paroi interne des vaisseaux, ne manifestent aucune tendance naturelle à la prolifération chez l’adulte sain. En revanche lors de situations pathologiques, par exemple lors du développement de tumeurs ou de l’éclosion de métastases, les besoins accrus en oxygène et en apports nutritifs sont véhiculés par un accroissement de l’irrigation locale.
Les tumeurs dérivent ainsi à leur profit un nouveau réseau vasculaire, connu sous le nom d’angiogénèse. Détruire ces nouveaux vaisseaux suffirait donc à affamer les tumeurs et ainsi les empêcher de se développer.
La thématique de notre équipe consiste à identifier des portes d’entrée sur les vaisseaux tumoraux qui n’existent pas sur les vaisseaux sains, puis à construire des vecteurs pour délivrer dans ces vaisseaux pathologiques des drogues qui les détruiront. C’est donc le concept du cheval de Troie.
Ayant identifié le facteur primordial de la vascularisation tumorale, nous avons préparé des anticorps qui reconnaissent son récepteur spécifique sur les cellules endothéliales de phénotype angiogénique, c’est-à-dire caractéristiques des vaisseaux en développement. Nous généralisons actuellement ce concept en construisant de nouveaux anticorps monoclonaux reconnaissant spécifiquement les cellules endothéliales de phénotype angiogénique.

À quoi sert-elle ?

La stratégie que nous avons développée pourra être mise à profit pour améliorer l’imagerie médicale et proposer de nouvelles solutions thérapeutiques.
En effet si l’on couple ces anticorps à un agent de contraste, on peut le concentrer dans les vaisseaux angiogéniques. De plus si l’on couple ces anticorps à des toxines ou des gènes, il est possible de détruire les vaisseaux angiogéniques sans détruire les vaisseaux sains.
Les applications médicales sont la cancérologie, l’ophtalmologie, principalement les rétinopathies diabétiques et les dégénérescences maculaires liées à l’âge et la rhumatologie, en particulier la polyarthrite rhumatoïde.

Un organisme interface vous a-t-il accompagné dans ces démarches ?

La filiale d’innovation FIST du CNRS, le service régional de valorisation du CNRS et la société AbTECH ont élaboré avec l’IPBS un partenariat efficace (licences des brevets inventés par l’équipe, accord de collaboration, mise à disposition
temporaire d’un laboratoire au sein de l’Institut de Pharmacologie et Biologie Structurale dirigé par le Professeur François Amalric) qui a permis de recruter une dizaine de personnes.
De plus le Ministère de la Recherche a subventionné ce projet en 1998 et plusieurs instances régionales dont l’ANVAR et l’IRDI ont participé
au financement de la société AbTECH.

Combien de temps a-t-il fallu pour mettre au point cette nouvelle technologie ?

L’idée de mettre au point une stratégie de ciblage des vaisseaux tumoraux est née d’une collaboration établie en 1993 entre plusieurs médecins chercheurs au CNRS ou urologues au CHU de Toulouse. Les premiers résultats ont été obtenus en 1994 et le premier brevet déposé en 1995. La réflexion théorique s’est poursuivie depuis lors. Assurer le développement d’un médicament ne rentre pas dans la mission du CNRS. En revanche, utiliser ses connaissances théoriques pour contribuer à créer un nouvel outil thérapeutique fait partie des possibilités offertes aux chercheurs, principalement depuis la promulgation de la loi sur l’innovation de 1999.
Ces travaux de recherche ont été fortement soutenus financièrement par le Conseil Régional Midi-Pyrénées. La société AbTECH a été créée en 1998 par Alain Guédon pour assurer le développement d’outils thérapeutiques brevetés et assurer les essais
cliniques chez l’homme.

À votre avis quelles sont les raisons qui sont à la base de cette réussite ?

Comme souvent, c’est grâce à une approche pluridisciplinaire qu’une idée germe et surtout est vérifiée expérimentalement. Ici, un désir commun de confronter la connaissance théorique au réel, c’est-à-dire le vivant, animait chercheurs et cliniciens. Envisager d’en faire bénéficier des malades n’aurait pas été possible sans un accueil local pragmatique. Ce projet est certainement emblématique des dispositions de la loi de 1999 permettant aux chercheurs d’accélérer le transfert des travaux menés dans les laboratoires publics de recherche, vers des structures privées de valorisation.